Pour en finir avec le jargon

jargon

C’est un article récent de Patrick Lagacé dans La Presse qui me donne envie aujourd’hui de vous parler du jargon. Intimement associé à la langue de bois, il soulève les passions de ceux qui crient à l’hermétisme d’une certaine élite. Il n’est pourtant pas à bannir dans tous les contextes! Faisons le point sur son utilisation et sur les moyens de le contourner.

D’abord, on distingue deux définitions du mot jargon :

« Un langage incorrect ou incompréhensible » (Horguelin et Pharand, Pratique de la révision), « langue déformée par les locuteurs d’un groupe qui ne veulent pas être compris par les gens de l’extérieur » (Antidote).

« Façon de s’exprimer propre à une profession, une activité, difficilement compréhensible pour le profane. » (Le Petit Robert)

C’est de cette deuxième définition qu’il est question dans l’actualité. On en retrouve dans tous les domaines, dont la science, l’éducation, la justice, la médecine et la politique.

Comprenez-moi bien : en soi, le jargon ne représente pas un problème. Il est même nécessaire entre spécialistes pour discuter efficacement de notions complexes et précises. Par contre, le problème se pose lorsqu’il s’agit de communiquer avec le grand public.

Comment le jargon se retrouve-t-il dans le discours général?

1) Par paresse

L’emploi de jargon dans les communications publiques est rarement fait de mauvaise foi. Il traduit par contre un manque d’effort du communicateur pour se faire comprendre. Malheureusement, cela laisse au lecteur un amer sentiment d’ignorance puisqu’on ne semble pas se soucier de sa compréhension. Le jargon contribue ainsi à consolider la barrière entre l’« élite » et « les gens ordinaires » (GROS guillemets ici s’il vous plaît).

2) Par désir de surfer sur une tendance

La définition du Petit Robert de l’adjectif « jargonneux » jette un éclairage un peu différent sur le phénomène :

« Se dit d’un texte qui emploie un jargon scientifique à la mode. »

À LA MODE. Voilà qui décrit bien la multiplication des « présentiel », « synchrone » et « asynchrone » dont nous farcissent certains établissements d’éducation. Le monde des universités est concurrentiel et il est important pour chacune de montrer qu’elle est à la fine pointe de la pédagogie. Pourtant, la formation en présentiel ne représente-t-elle pas simplement le bon vieux cours en classe?

3) Par manque de clarté dans les idées

Parfois, à la lecture d’une phrase, on ne comprend rien et on se sent un peu niaiseux. Rassurez-vous : parfois, c’est qu’il n’y a rien à comprendre.

Certains pensent à tort camoufler le vide de leurs idées par des phrases bien remplies de mots d’apparence savante. On peut presque en construire soi-même à partir de n’importe quoi et se sentir intelligent :

« La conjecture nous amène à penser que les structures opérationnelles rationalisées fonctionneront selon une approche concertée avec les parties prenantes dans une optique de dématérialisation. »

En fait, j’ai peut-être une réelle intention de communication derrière cette phrase creuse. Le défi est de réussir à l’exprimer clairement. Voici à quoi ça pourrait ressembler :

En raison de l’actualité, nous prévoyons simplifier nos activités en collaboration avec nos partenaires pour pouvoir intervenir à distance.

Le canular d’Alan Sokal

En 1996, le physicien Alan Sokal publie un article délibérément faux dans la revue Social Text. Le texte, bourré de jargon, est une enfilade de mots savants qui ressemble à s’y méprendre à un véritable essai social ou philosophique. L’équipe de la revue n’y a vu que du feu et a publié l’article. Sokal a révélé son canular le jour même de la sortie de la revue. Il souhaitait ainsi montrer ce qu’il définit comme étant l’imposture intellectuelle : « l’utilisation abusive du vocabulaire scientifique, ou de notions mathématiques ou de théories physiques sans en comprendre le sens, pour tenter de justifier des positions morales ou politiques, ou pour se donner une illusion de crédibilité. »

Apprenez-en plus dans cette vidéo de la chaîne Hygiène mentale.

Les vertus de la vulgarisation

Vulgariser, ça ne veut pas nécessairement dire niveler vers le bas. Je me permets à nouveau de citer Patrick Lagacé : « La simplicité demande du talent. C’est pour ça que c’est si dur d’écrire simplement et clairement. » Il est souvent plus facile d’utiliser un langage ampoulé, pompeux.

Quelques procédés de vulgarisation

Pour en finir avec le jargon, voici quelques procédés de vulgarisation que vous pourrez mettre à l’essai dans vos prochains textes destinés au grand public.

  • L’analogie : il s’agit de comparer une notion complexe à une notion simple. C’est un procédé souvent utilisé pour vulgariser des notions de médecine. Par exemple, on compare les anticorps à des soldats dans l’organisme.
  • Les phrases courtes : on sous-estime les avantages de phrases comptant un seul verbe conjugué. Lorsque vous vous perdez dans une idée, essayez de la découper en plusieurs phrases.
  • L’utilisation de mots courants : « commun » au lieu de « vernaculaire », « mal de tête » au lieu de « céphalée », « constance » au lieu d’« invariance », etc.
  • La définition : lorsqu’une notion est nouvelle, il est parfois utile de la définir en début de texte. Dans ce cas, il n’est pas nécessaire de changer le mot scientifique pour un mot commun. Après tout, le savoir progresse et il est important de propager les nouvelles connaissances.

Pour aller plus loin, je vous invite à consulter la section sur la vulgarisation scientifique de l’Université de Sherbrooke.

Et pour aller encore plus loin, pourquoi ne pas faire réviser votre texte par une réviseure agréée?

 Pour en finir avec le jargon

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