Cannabis : le rôle des traducteurs dans les changements sociaux

traduire le cannabis

J’aime penser que je participe, même si ce n’est qu’un peu, à un moment historique. En effet, la légalisation du cannabis à des fins récréatives ce 17 octobre 2018 apporte son lot de travail aux législateurs, aux services policiers, aux agriculteurs et… aux traducteurs. Planant!

Le cannabis fait travailler tout le monde

Dans les derniers mois, j’ai traduit en français une quantité importante de documents anglais traitant du cannabis : feuillets d’informations aux parents, avis de médecins sur la consommation, fiches sur le cannabis et la santé mentale, mises à jour de politiques d’entreprises relatives à la consommation en milieu de travail, et j’en passe…

Comme traducteurs, nous avons le privilège de vivre certains changements de près, d’être aux premières loges. Les documents que je reçois à traduire me donnent le pouls des préoccupations actuelles des organisations. Quelle chance de participer à ces grandes transformations! Comment, vous demandez-vous? En rédigeant de façon claire, en vulgarisant les notions pour le public et en faisant des choix terminologiques qui s’ancreront dans l’avenir. Voici quelques exemples de cas auxquels je me suis butée dernièrement — des termes que vous entendrez abondamment dans les prochains mois.

Under the influence

Combien de fois entend-on qu’une personne « a conduit sous influence » ou « était sous l’influence » de l’alcool ou d’une autre drogue? Bonjour l’anglicisme! J’ai des petites nouvelles pour vous : si vous êtes sous l’influence, c’est que quelqu’un influe sur vous. Par exemple, on peut dire que votre humeur s’est améliorée sous l’influence de votre ami optimiste.

Ainsi, on doit plutôt dire que le cannabis augmentera le risque de conduite avec les facultés affaiblies. Cette belle expression, plus claire que son équivalent anglais, englobe toutes les sources d’atteinte aux capacités, dont l’alcool, le cannabis, les autres drogues et les médicaments. Attention : traduire avec les facultés affaiblies peut aussi causer son lot de dommages!

Les multiples noms du cannabis

Comment s’y retrouver parmi toutes les appellations? Les trois principales sont :

  • cannabis
  • marijuana
  • marihuana

L’idée est de conserver le même nom tout au long d’un texte. Vous pouvez aussi, à la première occurrence, nommer les autres synonymes entre parenthèses pour bien situer le lecteur.

La plante, elle, se désigne comme du chanvre (Cannabis sativa). Comme toutes les substances illicites, le cannabis porte aussi de jolis petits noms familiers : mari, marie-jeanne, pot, herbe… et probablement d’autres que je ne connais pas, traductrice vertueuse que je suis. 😉

THC et CBD

La traduction de nombreux documents relatifs au cannabis m’a permis de connaître ces deux composantes de l’or vert dont vous n’avez pas fini d’entendre parler : le tétrahydrocannabinol (250 points au Scrabble, héhé), ou THC; et le cannabidiol, ou CBD. Brièvement, la première substance donne l’effet d’euphorie alors que la deuxième procure des bienfaits utilisés surtout à des fins médicales. Dans un texte bien rédigé, le sigle sera nommé au long à sa première apparition dans le texte afin que vous puissiez vous y retrouver.

High

Vous retrouverez probablement ce terme tel quel dans des textes français, car il est attesté entre autres dans Termium. Toutefois, je préfère de loin traduire ce mot par « état d’euphorie », la suggestion du Grand dictionnaire terminologique, qui s’intègre beaucoup mieux dans notre système linguistique. Ceci est un exemple très concret de l’intervention des traducteurs dans l’évolution d’une langue : si nous faisons tous le choix de retenir « état d’euphorie » ou « sentiment d’euphorie » comme équivalents, nous mettons de l’avant des solutions bien françaises qui, autrement, auraient été supplantées par « high ».

Le verbe « planer » exprime aussi cette notion, mais attention, il s’agit d’un terme familier. Alors même si « ça plane pour moi » et pour Plastic Bertrand, ça ne plane pas dans les publications officielles des organisations et des entreprises!

Recreative cannabis

Traduite littéralement, l’expression « cannabis récréatif » est correcte, mais au gouvernement du Canada, on lui préfère « cannabis à des fins récréatives », formé sur le même modèle que « cannabis à des fins médicales ». À mon avis, cette distinction en français insiste sur l’intention derrière la consommation de cannabis plutôt que sur la qualité du cannabis lui-même (le cannabis n’est pas strictement « médical » ou « récréatif », mais on l’utilise pour une fin ou une autre). À suivre de près.

 

Bref, comme traducteurs, nous ne devons pas laisser l’anglais nous couper l’herbe sous le pied. Une partie de notre profession consiste à renforcer le bon usage de notre langue française et à promouvoir son déploiement dans toute sa beauté, même lorsqu’il est question de psychotropes. Vous ai-je déjà dit que j’aime mon métier?

 

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