Un cheval, des chevals? Vraiment?

Chevaux ou chevals?Il y a de ces mythes qui s’implantent si profondément dans l’imaginaire collectif qu’on peine à rétablir la vérité. La pauvre race équine l’a expérimenté à ses dépens. Depuis de nombreuses années, la légende veut que la nouvelle orthographe du pluriel de « cheval » soit « chevals ». Bien des articles ont traité ce sujet depuis et je tenterai ici d’en faire une synthèse aussi sympathique qu’une balade à cheval. Alors, qu’en est-il réellement?

 

Pluriel de -al en -aux : une question d’histoire

Faisons un petit retour en arrière à l’aide d’un exercice de visualisation. Vous êtes en première année du primaire, assis à votre pupitre, les genoux frôlant le dessous décoré de vieilles gommes indécollables. Votre enseignante répète quelque chose à l’avant. « Un bocal, des bocaux. Un canal, des canaux. Un cheval, des chevaux. » D’où vient cette énième particularité de la langue française?

Le Bon usage nous explique qu’historiquement, « la consonne “l” suivie d’une autre consonne s’est vocalisée en [u] après “a”, “e” et “o” ». Ainsi, « ‑als » devint « ‑aus ». Le pluriel de « cheval » s’écrivait donc « chevaus » (prononcé « che-va-ous »). La Banque de dépannage linguistique indique que plus tard, les scribes se sont mis à utiliser un signe particulier pour écrire la finale « ‑us », ce signe ressemblant particulièrement à un « x ». De copiste en copiste, la norme devint « chevaux ».

 

La faute de la nouvelle orthographe?

pluriel de chevalIntéressant, mais voilà qui n’éclaire pas tellement plus notre question actuelle. Quand s’est-on mis à changer nos précieuses règles du pluriel? Précisément en 1990. Parce qu’« en 1990, c’est l’heure des communications » (merci, Jean Leloup), l’Académie française approuve les rectifications de l’orthographe proposées par le Conseil supérieur de la langue française. Ces rectifications touchent environ 5000 mots dont je vous parlerai avec plaisir dans un prochain article. Les nouvelles règles modifient la façon d’écrire certains pluriels, notamment ceux des noms composés et des mots provenant d’une langue étrangère, mais ne modifient en aucun cas le pluriel des mots en « ‑al ». Fausse alerte, donc : la nouvelle orthographe n’y est pour rien.

 

Scandale au ministère de l’Éducation

Faisons un deuxième retour en arrière, un peu moins loin cette fois. Vous êtes en 1998 et sur le point de terminer votre cégep. Closing Time de Semisonic joue en boucle dans votre Discman en attendant le début de votre épreuve uniforme de français. Vous recevez enfin votre copie et quel n’est pas votre étonnement quand vous voyez que vous devez disserter sur le poème Les petits chevals amoureux de Michel Garneau. QUOI? On vous a cassé les oreilles pendant tout ce temps pour vous révéler seulement en fin de cégep qu’on peut écrire des « chevals »? Il n’en prend pas plus pour que s’enflamme la machine à rumeurs et voilà, le mal est fait.

Attention : si vous avez bien écouté pendant vos cours de français (introspection à faire ici), vous vous souviendrez que la langue poétique est plus flexible et se permet de déroger de la norme. Le poème joue avec les mots, d’où sa beauté, et se moque parfois de la grammaire traditionnelle. Des « chevals » est donc une proposition poétique acceptée dans ce seul contexte.

Des chevaux, sans équivoque

C’est ici que s’arrête la légende. Le pluriel de « cheval » est et sera toujours « chevaux », du moins jusqu’à ce que le français mute au point de créer d’autres façons d’écrire le pluriel, ce qui peut prendre des centaines d’années. Dormez en paix, amis chevalins, la langue vous laissera tranquille pour un bon moment. Mais attendez : une carriole, ça prend un ou deux « r »?

 

Autres sources :

Gouvernement du Canada. Des chevals ou des chevaux?, Portail linguistique du Canada, 2011, consulté le 9 juin 2017.

Faucher, Pascal. Ça se dit, « des chevals »?, La Voix de l’Est, 2013, consulté le 9 juin 2017.

 

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2 Comments

  1. Bruno | | Répondre

    Merci pour la précision! Pour oignon, est-ce que c’est vrai qu’on peut écrire ognon?

    • Dominique Thomas | | Répondre

      Oui, absolument! En fait, historiquement, le i dans oignon n’a jamais eu raison d’être. Les rectifications de l’orthographe visent à supprimer ce genre d’anomalies.

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