De l’anglais au français : pourquoi traduire dans un seul sens?

anglais au français

Cas typique : je suis dans un 5 à 7 de gens d’affaires et mon interlocuteur me demande ce que je fais dans la vie.

— Je suis traductrice.

— Ah oui! Vous traduisez combien de langues?

— En fait, je traduis de l’anglais au français.

— Juste vers le français?

— Oui, « juste vers le français ».

— Ah bon. (Silence de mon interlocuteur qui croyait que je parle 12 langues.)

Si vous saviez combien de fois je vis cette situation! Je n’en veux pas aux autres, évidemment, car l’image qu’ils ont du traducteur est souvent celle (erronée) d’un interprète polyglotte qui se débrouille dans 6 langues, à l’instar de Julie Payette.

Le mot est là : se débrouiller. Un bon traducteur doit faire bien plus que se débrouiller ou pouvoir soutenir une conversation : il doit parfaitement comprendre la langue de départ et avoir des compétences de maître dans la langue d’arrivée. C’est pourquoi, de manière générale, on traduit vers notre langue maternelle.

La langue maternelle, celle qu’on apprend en premier et dans laquelle notre cerveau se développe dans l’enfance, est presque toujours celle que l’on maîtrise le mieux, même après avoir appris une autre langue dans la vie adulte. Radio-Canada a d’ailleurs rapporté que selon une étude du Massachussetts Institute of Technology (MIT), lorsqu’on apprend une deuxième langue, « il est pratiquement impossible d’atteindre un niveau comparable à celui d’une langue maternelle si on commence à l’apprendre après l’âge de 10 ans ». C’est dans votre langue maternelle que vous avez le plus de ressources linguistiques, que votre vocabulaire est le plus riche et que votre compréhension des subtilités est la meilleure.

L’exemple du voyage dans le Sud

français langue maternelleLa capacité de comprendre une langue et celle d’écrire dans cette langue sont deux choses différentes. Prenez votre dernier voyage au Mexique. Après une semaine de piña coladas et de « cerveza, por favor! », votre oreille s’est habituée à entendre parler espagnol. Vous vous surprenez même à comprendre des conversations entre Mexicains. « Ça y est, je parle espagnol! », pensez-vous, confiant. Pourtant, seriez-vous capable d’exprimer une demande complexe, par exemple, si vous aviez à retourner un article dans un magasin et à expliquer ce qui est défectueux? Pire : seriez-vous en mesure d’écrire une lettre de présentation pour vous trouver un emploi?

Vous voyez où je veux en venir. Comprendre, parler et écrire sont des compétences différentes qui se travaillent chacune à leur façon. Rappelez-vous que votre bulletin de français était d’ailleurs séparé en trois catégories, soit « Lire des textes variés », « Écrire des textes variés » et « Communiquer oralement ». Un traducteur peut donc avoir de très bonnes compétences de compréhension, mais il doit avoir une note quasi parfaite en ce qui concerne l’écriture.

Autrement dit, bien sûr que je suis capable de traduire du français à l’anglais. Toutefois, cela me demande plus d’effort, et je trouve que les solutions de mes collègues anglophones sont souvent mieux ficelées.

Et les traducteurs multilingues, dans tout ça?

Oui, les gens qui traduisent dans plusieurs combinaisons de langues existent. Au Québec, l’exemple typique est celui d’une personne ayant un parent anglophone et un parent francophone. Cette personne a eu la chance d’apprendre les deux langues en bas âge et d’avoir des compétences égales dans chacune d’elles, pourvu qu’elle maintienne ses compétences au cours de son cheminement scolaire.

traducteur agréé traductrice agréée

J’ai aussi connu des gens qui ont beaucoup voyagé dans l’enfance et qui sont allés à l’école dans divers pays, ce qui leur a permis d’apprendre trois, voire quatre langues. Toutefois, ces cas sont rares, et leurs compétences dans chacune des langues restent à valider.

Pour vous assurer que le traducteur que vous retenez maîtrise toutes les langues qu’il prétend maîtriser, vous pouvez vérifier dans le répertoire de l’Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ) s’il est effectivement agréé dans ces paires de langues. L’OTTIAQ décerne l’agrément aux membres dans une combinaison de langues précise, et chaque combinaison supplémentaire doit faire l’objet d’une évaluation.

 

Traduction anglais-français : pourquoi se spécialiser

Au Canada, la majorité des traducteurs travaillent de l’anglais au français ou du français à l’anglais, étant donné le caractère bilingue de notre pays. D’ailleurs, le Québec regorge d’excellents traducteurs vers le français. En en travaillant dans un seul sens, nous atteignons un haut niveau de maîtrise de notre langue maternelle permettant de produire des textes fluides qui ne sonnent pas faux aux oreilles des Québécois et des francophones du Canada. De plus, nous nous spécialisons souvent dans un domaine en particulier, qu’il s’agisse de la santé, des finances, du droit ou d’autres sphères.

Bref, les traducteurs d’ici visent généralement à devenir des experts dans certaines niches plutôt qu’à être moyennement compétents dans plusieurs langues. Alors, la prochaine fois que vous rencontrez un traducteur, au lieu de lui demander combien de langues il parle, demandez-lui quelle est sa spécialité. Qui sait, il sera peut-être si reconnaissant de cette attention qu’il vous paiera un verre!

Si vous aimez, partagez!
 De l’anglais au français : pourquoi traduire dans un seul sens?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *